Pourquoi ?

En cette fin 2012, le gouvernement français prépare une réforme de la structure de son système bancaire. C’est un facteur essentiel pour remettre le secteur financier au service du secteur non financier, d’autant que, comme l’agence Moody’s l’a rappelé lors de la dégradation de la notation de notre pays en novembre 2012, nous sommes fortement handicapés par la taille et les expositions de nos mégabanques – car à banque universelle, faillite universelle.

Nous, le collectif citoyen « Scinder les Banques », apolitique et sans aucun lien avec le moindre  intérêt privé, composé de banquiers et de non banquiers, nous avons décidé de créer ce site, espace d’information qui s’opposera au matraquage réalisé par la propagande des mégabanques, qui nous a privé du débat public démocratique qui a eu lieu dans plusieurs autres pays (et en particulier en Angleterre).

Les réformes en cours de mise en œuvre aux États-Unis (« Volcker ») et en Angleterre (« Vickers ») ont déjà montré leur inefficacité : incroyablement complexes, dénaturées par les lobbys bancaires, elles sombrent dans la paralysie. À tel point qu’une vaste majorité de financiers plaident désormais dans ces pays pour une solution simple et radicale : la scission pure et simple des banques entres les activités de dépôts et de crédit, et les activités de marchés – ce qui n’est en fait qu’un simple retour à la législation en vigueur des années 1930 aux années 1990, douce époque où les entreprises se finançaient facilement et où il n’y avait pas de crise bancaire…

Le lobbying bancaire essaie d’attirer la discussion dans d’insondables méandres techniques. Mais au-delà de discussions sur des points de détail, la raison fondamentale est de pur principe :

  1. L’activité de la banque de dépôt, d’intérêt général, bénéficie d’une garantie publique ;
  2. L’activité de la banque d’affaires n’est pas d’intérêt général, et ne doit pas bénéficier de la garantie publique – pas plus qu’un boulanger ou un garagiste…

Cependant, le gouvernement français vient de se refuser à ouvrir un débat national sérieux sur ce point, et s’est précipité sans transparence dans une réforme édulcorée, bien en deçà des recommandations de la très récente commission Liikanen (recommandations pourtant très modestes, mais déjà présentées comme insupportables par les banquiers français) et sans même attendre la directive européenne en cours de préparation. Le projet de réforme ne traite pas la seule question qui doit prévaloir : qu’advient-il de la banque de dépôts en cas de faillite avancée de la banque d’investissement ?

Cet échec est dû au fait que, comme dans les autres pays, les mégabanques ont mené un lobbying acharné, sachant bien qu’une partie de leurs paris spéculatifs financiers cesserait si le contribuable ne garantissait plus les pertes éventuelles – ce qui ne serait mauvais que pour les bonus des PDG et des traders…

Or, il n’appartient pas aux contribuables de garantir des pertes privées issues d’activités qui sont non seulement sans aucun bénéfice pour la société, mais, pire, qui sont extrêmement dangereuses pour l’ensemble de l’économie, comme l’a avoué avec le recul le Directeur Général de BNP Paribas :

« Lehman, c’est une catastrophe. Mais l’effondrement d’AIG, lui, serait un cataclysme. Si AIG tombe, on est tous morts. » [Baudouin Prot en septembre 2008, Directeur Général de BNP Paribas, 18 septembre 2009, Paris Match]

Nous sommes convaincus que les banques seront scindées quoi qu’il arrive – c’est le sens de l’Histoire. La véritable question est plutôt de savoir si cela arrivera dans le cadre d’une réforme issue de débats démocratiques dans les prochains mois, ou si cela se fera après une troisième crise bancaire – dont les conséquences seront autrement plus dramatiques que la première, au vu de la fragilité des États, de l’euro et des marchés financiers. Dans ce cas, le risque de lourdes dégradations de notre notation, entraînant la défiance des marchés et donc une cessation des paiements de l’État français, serait bien réel.

Une telle position est partagée par des centaines de hautes personnalités. Vous pouvez ainsi consulter le document que l’association DiaCrisis nous autorise à reproduire Scinder les banques – Le Verbatim, où 130 personnalités internationales, de tous horizons professionnels et politiques, recommandent la scission des banques pour sécuriser notre système bancaire. Il est téléchargeable gratuitement ici.

Une telle unanimité (en dehors des banquiers universels en activité…) n’est pas surprenante : tout comme la sécurité nucléaire, la sécurité financière n’est pas plus de gauche que de droite

Bien entendu, il y aura quelques conséquences négatives d’une telle scission, limitées, mais comme l’a montré le cabinet AlphaValue, elles concerneront essentiellement les dirigeants et les traders, soit 2 % des effectifs des banques. Seront au contraire impactés positivement la grande majorité des salariés, les clients, les actionnaires et les contribuables.

Cette réforme concerne directement la sécurité des 2 000 Md€ de dépôts des Français, ainsi que la sécurité même du financement de l’État. Elle est donc bien trop importante pour être confiée aux seuls banquiers et aux « futurs banquiers » actuellement dans l’administration. Ce n’est sans doute pas pour rien que le ministre des Finances a déclaré :

« Cette réforme est faite dans l’intérêt même du secteur financier. » [Pierre Moscovici, 15 novembre 2012, AMF]

Le président François Hollande a fait de la séparation des activités bancaires un marqueur politique très fort de son action visant à limiter l’influence du secteur bancaire. Nous espérons que le Parlement se saisira fermement du sujet, afin que nous disposions en France du système bancaire sûr et tourné vers le financement de l’économie réelle auquel nous avons droit.

Nous récusons tout populisme contre le secteur bancaire. La vaste majorité des 400 000 salariés de ce secteur font honnêtement un travail indispensable à la société.

Mais il est temps de retrouver le bon sens pour aboutir à une structuration raisonnable de notre système bancaire, qui, en séparant les risques, le renforcera et le réconciliera avec la population.

11 commentaires

  1. Pierre Dussin 16 décembre 2012 22 h 52 min Reply

    Bonjour,
    je suis référent bénévole du groupe d’Orléans se réclamant du collectif citoyen « Roosevelt 2012″ lancé par Pierre Larrouturou. Nous envisageons d’organiser uune conférence-débat début 2013 sur Orléans pour sensibiliser les citoyens à cette question primordiale : Comment emp^cher une prochaine crise bancaire et emp^cher que ce soit le contribuable qui paye à nouveau les pots cassés.
    Nous suivrons vos articles et débats avec un vif intérêt.

  2. Fabrice 17 décembre 2012 11 h 26 min Reply

    Bonjour,

    étant un fidèle du site « les crises.fr », je me permet de vous envoyer tout mon soutien pour votre mission.

    Je me suis permi de vous signaler à l’organisme Finance watch (même si vous vous êtes déjà signalé cela ne mange pas de pain) qui j’espère pourra et voudra s’associer avec vous.

    Courage

  3. Louis Boël 17 décembre 2012 20 h 41 min Reply

    Grâce à notre contact avec Olivier Berruyer nous avons été informés du lancement de votre site que nous avons immédiatement annoncé sur la page FaceBook de notre Groupe « SORTIR de la CRISE par le HAUT » et sur notre BLOG « WWW.SORTIRDELACRISE.EU » qui, à la suite de notre livre homonyme, cherchent à sensibiliser les consciences et encourager les actions citoyennes pour entreprendre une réelle « Métamorphose Sociétale » qui ne se contente pas seulement de durcir ou changer les règlements économiques, politiques et sociaux.

    Nous voulons surtout étudier, débattre et proposer des réformes qui s’adressent aux racines profondes des dis-fonctionnements de nos sociétés: flou des valeurs, perte d’éthique, appauvrissement de l’humanisme.

    Nous vous félicitons pour votre initiative, nous vous souhaitons courage, persévérance et succès, et nous vous tendons la main pour toutes synergies complémentaires.

  4. andré martin 19 décembre 2012 16 h 26 min Reply

    Le meilleur moyen d’aider les citoyens, notamment les jeunes, à comprendre la crise et ce qui nous attend dans les années à venir c’est de lire et d’offrir le petit livre à 3 € de Pierre Larrouturou « C’est plus grave que ce qu’on vous dit, mais il y a des solutions ».

    Voir aussi le diaporama d’auto formation « C’est plus grave que ce qu’on vous dit, mais il y a des solutions » sur http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article907

  5. PAILLARD 20 décembre 2012 15 h 16 min Reply

    Merci pour cette initiative.

  6. David 24 décembre 2012 2 h 38 min Reply

    Le combat n’est pas gagné, mais il a le mérite d’exister, et de proposer des solutions. Je ne peux qu’espérer que nos concitoyens se reveillent et se bougent…pas gagné non plus ! Vos excellentes prestations « mediatiques » participent aux reveils des consciences. Surtout ne changer rien ! Vous ne m’aviez pas habituer a ce calme olympien lors de vos joutes verbales….vous m’avez totalement bluffé ! Efficace, logique, parfois tranchant…I like !

  7. caillet 26 décembre 2012 22 h 15 min Reply

    Je soutiens pleinement et sans réserve cette initiative!on ne peut plus accepter l’adage suivant ayant valeur de vérité pour un banquier :o n privatise les profits et on mutualise les pertes!!on peut s’interroger sur les collusions possibles entre banquiers et politiciens de tous bords!!je crois qu’il serait sage aussi de séparer les banquiers des politiques!!

    Bon courage face au lobby bancaire!!

  8. lou 28 décembre 2012 20 h 42 min Reply

    je vous remercie de rendre si clair l’aperçu des enjeux.
    Vaste programme, vaste programme, comme aurait dit….

  9. Achille Tendon 9 janvier 2013 6 h 35 min Reply

    La scission des banques aux Etats-Unis est un éternel sujet depuis le vote appelé Glass Steagal Act, le Banking Act de 1933 (abrogé en 1999) et qui a été « rebricolé » depuis lors par Gramm-Rudman sans compter la dernière mouture des « Volcker rules » !

    Mais il est un autre chapitre, plus général celui-là, qui pose le problème de fond: le rôle des banques par rapport à l’Etat, dont vous pouvez prendre connaissance dans le blog suivant:

    http://tatanka.blog.tdg.ch/archive/2012/01/18/les-banques-meurtrieres-des-etats-nations1.html

  10. ClaudeM 16 janvier 2013 17 h 22 min Reply

    La séparation s’est aussi l’intérêt des personnels bancaires, des actionnaires, des investisseurs et des clients.
    La question de la séparation des activités bancaires ne porte pas sur le fait de savoir si certaines activités sont bonnes ou mauvaises, utiles ou pas, virtuelles ou réelles.
    Il faut se focaliser sur les différences de nature des activités, de compétences professionnelles sollicitées, d’engagements de capitaux et de risques d’opérations, de systèmes et échelles de rémunérations, de risques systématiques de conflits d’intérêt.
    Il faut aussi que les professionnels d’un même établissement puissent se comprendre un minimum et adhérer à un projet commun.
    Comme nous le disait le responsable d’une grande banque très récemment alors qu’il dirige l’activité de réseau bancaire, les activités de marché ne lui apparaissaient pas clairement.
    Il a même expérimenté que le fait de poser la question en interne n’était pas si bien reçu! son cas n’est pas rare, il est même généralisé.
    Activités nécessaires et utiles ne sont pas des raisons suffisantes pour les mettre sous un même toit.
    Personne ne prétend sérieusement que la séparation des activités enlèvera tous les risques pour le pays, mais suite à ce que j’ai entendu dans le cadre de l’ORSE c’est une voie à ne pas rejeter aveuglément.
    Cela pose sans doute des problèmes spécifiques au niveau français, car dans chaque banque les activités de marché ont un problème de taille critique tant au niveau européen que mondial.
    Elles n’ont pas non plus de capacité autonome vis à vis de l’activité de banque de détail.
    L’affaire Kerviel ne pouvait prendre une telle ampleur catastrophique que dans une banque universelle. Elle a beaucoup couté à l’ensemble du personnel, entre autres, deux ans de participation et intéressement, une bonne partie de son épargne actionnariale et des relations clientèle violemment détériorées.
    La piste consistant à regrouper des activités de marché de plusieurs banques est séduisante. Ainsi la taille critique sera atteinte pour ambitionner un niveau européen sinon mondial.
    Cela clarifierait au moins pour les actionnaires, comme pour les salariés, l’endroit où ils investissent et s’investissent;
    Ces deux préoccupations se retrouvant dans l’actionnariat salarié, d’ailleurs particulièrement mal traité dans le secteur bancaire par rapport aux autres secteurs économiques – voir Grand Prix FAS et Trophées R&H.
    L’analyse financière pourrait retrouver un peu de sens, le ‘modèle français’ permettant difficilement de s’y retrouver et surtout de rendre le moindre conseil d’investissement sérieux.
    Le personnel bancaire relevant à très grande majorité du réseau s’est vu imposer les risques et la volatilité des activités de marché.
    Les conséquences en terme de travail en ont été très négatives et leur épargne salariale a été affreusement amputée.
    Peut-on ignorer le drame de dizaines de milliers de salariés et de retraités?
    Les multiples et profonds conflits d’intérêt inhérents à la banque universelle ne jouent pas non plus en faveur des clients particuliers et entreprises. Ce problème n’est pas abordé au fonds et reste à traiter.

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