[Tribune Liberation.fr] L’insoutenable légèreté des banques ?

Posté par Scinder les banques le février 01, 2013  /   Posté dans Non classé

Source : http://www.liberation.fr/tribune/010176376-l-insoutenable-legerete-des-banques

Par HUAULT Isabelle; RAINELLI – LE MONTAGNER Hélène

Isabelle Huault, professeur à l’université Paris-Dauphine et Hélène Rainelli- Le Montagner, professeur à l’Institut d’administration des entreprises, université Panthéon-Sorbonne.

 

Dans la crise financière actuelle, les banques auraient-elles fait preuve de «légèreté» ? De nombreuses analyses semblent plaider en ce sens, soulignant les dysfonctionnements du système de contrôle ou l’insuffisance conjoncturelle des dispositifs de suivi des risques. Ce type d’arguments, volontiers porté par les acteurs majeurs du système financier mondial, présente l’avantage de passer sous silence la récurrence de phénomènes beaucoup plus structurels.

En 1996, le sociologue Michael Abolafia soulignait déjà le comportement paradoxal des banques face aux opportunités offertes par les marchés financiers. Ne souhaitant pas se priver de gains faciles, elles encouragent leurs traders à participer au jeu spéculatif, qui suppose la prise de risques importants dans l’espoir d’une rentabilité rapide. Mais dans le même temps, les banques souhaitent préserver leur respectabilité en projetant une image de stabilité et de gestion prudente. Ce paradoxe les amène à organiser de manière très particulière l’activité des traders, qui sont rémunérés principalement en salaire variable, et sont isolés des autres métiers de la banque dans des centres financiers spatialement circonscrits.

Observé dans les années 80 sur les marchés primaires d’actions et d’obligations, ce processus a récemment trouvé avec la financiarisation de toutes sortes de nouveaux risques, un relais de croissance qui a pu faire croire aux banques d’investissement qu’elles avaient découvert, à travers les produits dérivés, la poule aux oeufs d’or. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les grandes institutions financières structurellement au centre des nouveaux marchés financiers, ni qu’elles aient à subir leur retournement de conjoncture. Il ne faut pas s’étonner non plus, que l’appât du gain et la sophistication des nouveaux produits financiers posent des problèmes inédits.

La flexibilité presque infinie de la matrice mathématique d’où sont issus les produits dérivés masque le caractère difficilement contrôlable des innovations engendrées. Elles rendent le régulateur perplexe, la comptabilité peine à les prendre en compte, le droit leur court après, les contrats qui les régissent doivent être régulièrement revus pour faire face à des développements imprévus, leur évaluation financière enfin demeure approximative tant elle repose sur des analogies hasardeuses. Car si les mathématiques fournissent l’idée originelle sous hypothèses idéales, elles ne permettent guère une mesure fiable des risques dans les conditions réelles de marché. Tous ces à peu près, tolérés par le système tant que le marché reste porteur, finissent par se retourner contre lui en cas de crise. Avec des conséquences qui peuvent être immenses.

L’ampleur de la débâcle actuelle devrait alors inciter les acteurs du monde financier à une plus grande vigilance quant aux approximations qui accompagnent immanquablement le développement des innovations financières. On ne saurait continuer de fermer les yeux sur les attendus juridiques, comptables et conceptuels des produits inventés, ni sur l’organisation concrète des marchés sur lesquels ils sont échangés.

La crise actuelle n’est pas la conséquence d’un moment d’inattention des banques. Elle n’a pas non plus pour origine un défaut de technicité mathématique. Elle résulte d’une reconfiguration profonde du système financier mondial, impulsée par la mathématisation de la finance.

Ce qui manque désormais à la compréhension de ce système et à l’identification de ses failles est une analyse approfondie de la structure sociale des marchés financiers, des motivations des acteurs, des processus de régulation, de l’imbrication avec d’autres dispositifs institutionnels, comptables et juridiques. Puissent les déboires actuels de la communauté financière convaincre ceux qui ont encore besoin de l’être, chercheurs inclus, de l’urgence d’ouvrir la boîte noire des marchés financiers. Il est temps de se doter des moyens de comprendre et de prévoir le fonctionnement réel de marchés en permanente mutation.

Un commentaire

  1. Achille Tendon 2 février 2013 1 h 33 min Reply

    Contrairement à tout ce que le monde pense, il n’y a pas de boite noire dans les marchés financiers:

    - il n’y a que des produits générés par des glutz qui se prennent pour des petits génies des maths
    histoire de rendre ces mêmes produits incompréhensibles au commun des mortels et vendus par
    des experts ès escroquerie

    - il y a beaucoup trop de transactions financiéro-financières, dont une bonne partie nous amènent de
    temps à autres des Kerviel et autres olibrius non contrôlés (toutes les grandes boutiques ont
    succombé à cette mode, des fois que cela rapporterait gros à l’actionnaire!!!)

    Il y a beaucoup trop de produits (~90%) qui ne passent pas par un système de clearing qui sert à la fois à
    contrôler le flux monétaire et la cotation réelle de l’instrument échangé !!!

    Alors la taxe Tobin fait rire tous les pros des tables de marchés: en clair, une preuve de faiblesse des autorités de régulation qui n’ont jamais su détecter les produits indésirables dans les marchés!!!!

    Et si vous voulez une opinion sur le sujet, vous pouvez jeter un oeil à ce blog sur ce sujet:

    http://duhautduperchoir.overblog.com/les-banques,-meurtrieres-des-etats-nations

    Bonne lecture!

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