[Libération] Retrouvons des banques de crédit séparées de la spéculation

Posté par Scinder les banques le février 18, 2013  /   Posté dans Divers
Par Olivier Berruyer; Président de l’association DiaCrisis

L’élection de François Hollande a redonné l’espoir à des millions de Français. Nombreux sont ceux qui ont vibré quand il a lancé au Bourget : «Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies.» Néanmoins, le 7 décembre, Pierre Moscovici a déclaré, pour dé-crédibiliser l’idée, que couper les banques en deux, en séparant vraiment les activités de dépôt et de crédit des activités spéculatives, ce serait «revenir vingt ans en arrière».

Et c’est vrai. Mais justement, c’est exactement ce dont nous avons besoin : sortir de cette fausse «modernité» néolibérale et revenir au temps où la finance n’avait pas «pris le contrôle de nos vies», où la croissance frôlait les 4%, où les banques préféraient financer l’économie plutôt que la spéculation, où des traders surpayés ne menaçaient pas l’épargne des clients et où l’Etat n’avait pas à se mettre en danger en renflouant des entreprises privées trop cupides pour gérer leurs propres risques internes.

Le «modèle de banque universelle» a en effet démontré par deux fois son lamentable échec durant la crise, de Dexia à RBS, de la Société générale à Citigroup, de Fortis à UBS. Ces banques n’ont dû leur salut qu’à l’intervention massive des Etats en 2008 (annonce en France de 360 milliards d’euros de garanties et soutiens) et de la BCE en 2011 (1 000 milliards d’euros de liquidités prêtées). Cependant, éléphantesques, elles ont à chaque fois entraîné leur sauveteur dans les difficultés, comme un obèse qui se noie…

Le projet de loi qui sera présenté demain, et qui a déjà circulé pour avis, est d’une incroyable mollesse et n’aura guère d’efficacité. De façon stupéfiante, il est même largement moins ambitieux que les réformes récemment votées dans les temples de la finance mondiale que sont les États-Unis et l’Angleterre – réformes qui y ont déjà montré leur inefficacité. Il tourne même le dos aux récentes propositions avancées en Europe.

Une seule question compte : qu’advient-il de l’épargne des clients si la partie banque d’investissement fait faillite ? On comprend rapidement que seule une scission complète, dans deux groupes bancaires différents, est de nature à sécuriser notre argent. C’était d’ailleurs obligatoire entre 1945 et 1984. Une telle scission est pratiquement sans conséquences sur l’économie (les activités actuelles continueront, mais séparément) ; c’est donc bon pour les clients (qui verront leur épargne protégée), c’est bon pour l’emploi (puisqu’il s’agit du contraire d’une opération de fusion) et c’est même bon pour les actionnaires. Mais surtout, c’est bon pour les contribuables, qui n’ont pas à apporter leur garantie à des entreprises privées n’exerçant pas une mission de service public, et encore moins à garantir ainsi les bonus de leurs dirigeants. Et c’est donc bon pour l’Etat – l’agence Moody’s ayant cité nos banques comme une des trois raisons ayant conduit à la dégradation de notre notation le mois dernier.

Ayant rapidement capitulé devant le puissant lobbying de nos mégas banques – qui affichent désormais leur satisfaction devant le projet de loi -, l’administration nous donne ainsi comme seule arme, pour combattre cet «adversaire», un pistolet à bouchon.

Pourtant, de nombreuses voix se sont élevées de tous bords pour indiquer la bonne voie à suivre : la scission des banques – de Jean Peyrelevade à Nicolas Baverez, de Maurice Allais à Joseph Stiglitz, de Michel Rocard à Bill Clinton, de Jacques Attali à Christine Lagarde ou Daniel Cohen…

En 2013, le Parlement va débattre de ce projet avorté. Il est encore possible de saisir cette opportunité historique de reprendre le chemin suivi par nos ancêtres après la crise de 1929 et qui a pavé la route des Trente Glorieuses. Un tel changement, à rebours de la mentalité laissez-fairiste qui prévaut depuis trente ans, est évidemment difficile à décider. Pourtant, il serait très dangereux de ne rien faire : il y a urgence à arbitrer entre la finance spéculative et l’économie réelle, désormais antagonistes. Bien loin d’être derrière nous, la crise n’est pas finie. Financièrement, nous vivons depuis quelques mois un paisible pique-nique bucolique ; malheureusement, il a lieu dans une pinède sèche et ventée, où chacune de nos banques est un barbecue incontrôlé qui crépite ardemment…

Désormais, le politique n’a plus droit à l’erreur en ce domaine – ni les Etats ni la BCE ne pourront aider à sauver l’épargne nationale en cas de troisième crise bancaire. Les Français ont droit à un système bancaire sûr, à leur service.

Il revient au chef de l’Etat de trancher. La décision de tourner fermement le dos à trente années de folie dérégulatrice néolibérale serait historique, montrant au monde la voie d’un «modèle français de régulation financière». C’est le genre de décision qui fait qu’un président laisse dans l’histoire ou bien la trace d’un François Mitterrand ou bien, à défaut, celle d’un René Coty…

Source : libération ; publié le 17/12/2012

Un commentaire

  1. Achille Tendon 18 février 2013 6 h 28 min Reply

    Rien n’a changé depuis la parution de ce blog, ni ici, ni ailleurs:

    http://tatanka.blog.tdg.ch/archive/2012/01/18/les-banques-meurtrieres-des-etats-nations1.html

    ET ce n’est pas le « rebricolage » d’un Glass Steagal Act qui va y changer quoi que ce soit !

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