[Libération] Loi d’encadrement des banques : «Il n’y aura jamais consensus entre les parties prenantes»

Posté par Scinder les banques le février 04, 2013  /   Posté dans Divers

Interview : Thierry Philipponnat, secrétaire général de Finance Watch, critique un projet de loi qui «n’a pas été transparent» et «mène à une impasse».

Par NICOLAS CORI

Thierry Philipponnat est secrétaire général de Finance Watch, une association européenne dont l’objectif est de «renforcer la voix de la société et de la faire peser dans les réformes nécessaires de la réglementation financière». Il réagit de manière critique à la loi d’encadrement du secteur bancaire présentée ce mercredi en conseil des ministres. Entretien.

Que reprochez-vous au projet de loi présenté par le gouvernement ?

D’abord la manière dont il a été élaboré. Le gouvernement ne nous a pas consulté, et personne ne sait vraiment qui l’a été puisque le processus n’a pas été transparent. Cela créé le soupçon que le texte a été écrit seulement avec les banques. Sur le fond, il ne change rien à la situation actuelle, qui voit les dépôts de la clientèle exposés aux risques pris dans le cadre des activités de marché, le volume des activités de marché artificiellement gonflés par les dépôts et l’Etat qui apporte à la fois une garantie explicite à l’activité de dépôts et une garantie implicite aux activités de marché.

Le texte propose la création d’une filiale spécifique, dans laquelle seront placées les activités spéculatives. Cela ne va-t-il pas dans le bon sens ?

Nous sommes pour une véritable séparation entre les activités de crédit – qui sont le métier normal des banques de dépôt – et les activités de marché – réalisées par les banques d’investissement. Ce que propose le gouvernement, c’est de placer les activités dites «spéculatives» dans une filiale à part et de conserver tout le reste dans la banque commerciale. Cela comprend les activités de crédit, mais aussi de nombreuses activités de marché que les banques considèrent comme «utiles à l’économie» : le market making [activité de tenue de marché consistant à proposer des prix pour tous les actifs et à les négocier sur le marché, ndlr]   la couverture de risque, la fourniture de service d’investissements à la clientèle…

Cette distinction mène forcément à une impasse. D’une part, parce qu’il n’y aura jamais consensus entre les parties prenantes sur ce qui est utile. D’autre part, parce que toutes les activités de marché comportent, de fait, une partie «spéculative».

Le gouvernement dit que le market making, la couverture de risque et les services à la clientèle ne sont pas de la spéculation. Il a tort ?

Oui. Le market making, s’il est fait sans prendre aucun risque, n’est pas du tout une activité rentable. Quand on voit les bénéfices qu’en tirent les banques, on peut fortement douter qu’elles ne prennent pas de position directionnelle. Idem pour les activités de «couverture de risque», qui ne sont en fait jamais totalement exemptes de risque. Dans la réalité, les traders gèrent les risques en prenant des paris de court terme sur les évolutions des marchés et leurs couvertures ne sont jamais parfaites.

Enfin, permettre à l’activité de «fourniture de services d’investissement à la clientèle» de rester au sein de la banque commerciale, c’est se moquer du monde. Sous cette appellation, on peut faire rentrer toutes les opérations réalisées par les salles de marché !

Avec ce projet, la France est la première au niveau européen à opérer une première scission des banques. Ne peut-on pas mettre cela à son crédit ?

Le danger d’une loi de ce type, c’est qu’on préempte le débat européen qui a été engagé par le rapport Liikanen, avec des propositions bien plus contraignantes pour les banques. Je vois mal le gouvernement aller plaider à Bruxelles dans un sens contraire à ce qui vient d’être adopté en France.

Source : libération ; publié le 18/12/2012

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