Les réformes

À ce jour, deux modèles ont donc émergé dans le monde pour réguler le système bancaire.

Le premier a été l’interdiction ; c’est la voie américaine, dite « Volcker ». Elle interdit aux banques le trading pour compte propre, donc la spéculation avec leur propre argent. Mais elles peuvent continuer à spéculer pour le compte de leurs clients, et à leur prêter de l’argent pour ces opérations.

Mais en interdisant seulement cette faible fraction de la spéculation, elle ne s’attaque qu’à une partie du problème, qui n’a d’ailleurs aucun lien avec la crise de 2008. Il est d’ailleurs très difficile de définir la limite de ce type de trading. Cette réforme est en train de s’échouer dans les méandres  de sa mise en œuvre réglementaire. On s’attend à près de 30 000 pages de réglementation autour de cette loi…

« Il y a des signes que la complexité et l’opacité entérinées par la loi Dodd-Frank pourraient nuire à la reprise économique. […] Nous sommes favorables à un accord international qui scinderait ces institutions pour les ramener à une taille plus gérable. » [Fed de Dallas, rapport annuel 2011]

« Il m’apparaît clairement que la loi Dodd-Frank [NDR : donc la règle Volcker], quelles que soient ses bonnes intentions, ne nous protège pas contre un autre effondrement. […] Des solutions telles que le rétablissement de Glass-Steagall [ou une limitation de la taille des banques] sont clairement disponibles et nous en avons désespérément besoin. » [Ted Kaufman, président de l’Autorité parlementaire américaine de contrôle des marchés financiers, 25/07/2012, Conférence au Congrès]

Le second a été le cantonnement, la filialisation. Soit de la banque de dépôts (réforme Vickers en Angleterre), soit de la banque d’investissement (proposition Liikanen en Europe), tout en gardant les deux sous le même toit (une société holding). Le problème est que, là-encore, on ne s’attaque pas au seul problème qui compte : les conséquences d’une faillite de la banque d’investissement. Or, sous le même toit, l’incendie d’un des deux appartements se propagera rapidement à l’autre…

Plus de 200 groupes bancaires américains étaient organisés en 1929 selon ces modèles de cantonnement ; ils ont donc clairement démontré leur inutilité en cas de crise importante.

« Selon mon expérience, le cantonnement n’est pas très efficace. Il ne fonctionne que dans les beaux jours. Mais il ne fonctionne pas par mauvais temps. Ceux qui se seront déjà rués dans des problèmes auront tendance à se jeter dans de nouvelles difficultés.[…] La logique serait de séparer les deux parties de la banque, de ne pas les garder au sein de la même institution. [Paul Volcker, ancien président de la Fed, 23 septembre 2012, The Telegraph]

« Si vous voulez vraiment séparer certaines opérations très clairement et de façon décisive, vous les mettez dans différentes organisations. D’après mon expérience, vous ne mettez pas deux fonctions dans la même organisation en disant qu’elles ne peuvent pas se parler ou interagir» [Paul Volcker, 17 octobre 2012, Audition au Parlement britannique]

Ainsi, la problématique qui devrait prévaloir quant aux réflexions sur la réforme structurelle du secteur bancaire est la suivante :

On comprend dès lors qu’il n’y a que quelques grands schémas possibles quant au devenir de la Banque de Dépôts (BdD) en cas de lourde faillite de la Banque d’Investissement :

C’est bien pour cela que le Glass-Steagall a été voté en 1933. Et c’est sa simplicité et son efficacité qui font que tant de personnalités le soutiennent, en particulier dans le secteur financier, comme The Financial Timesla voix de la finance anglo-saxonne. Les financiers savent bien, eux, quel est l’état réel du système, la réalité des comportements et les conséquences éventuelles d’un krach.

« Une grande partie de la réponse doit être de séparer les activités d’investissement et de détail des banques universelles. […] L’incompatibilité entre la banque de détail et la banque d’investissement a toujours été évidente. […] Malgré tous les bienfaits de la diversification, les tensions culturelles entre les activités bancaires d’investissement et celles de dépôts et crédits ne peuvent être résolues qu’en séparant totalement les deux, sur le modèle formel de Glass-Steagall. » [Éditorial, « Restaurer la confiance après Diamond », The Financial Times, 3 juillet 2012, Ft.com]

« Si une banque est Too big to fail, elle est trop grosse pour exister. » [Éditorial, The Financial Times, 26 juillet 2012, Ft.com]

Un commentaire

  1. La Roque 19 décembre 2012 16 h 00 min Reply

    Très bon travail. Bravo.

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